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vendredi 28 février 2020

SANTA MUERTE 
de Gabino Iglesias









Résumé :

Austin, Texas. Tu t'appelles Fernando, et tu es mexicain. Immigré clandestin. Profession ? Dealer. Un beau jour... Non, oublie " beau ". Un jour, donc, tu es enlevé par les membres d'un gang méchamment tatoués qui ont aussi capturé ton pote Nestor. Pas ton meilleur souvenir, ça : tu dois les regarder le torturer et lui trancher la tête. Le message est clair : ici, c'est chez eux.

Fernando croit en Dieu, et en plein d'autres trucs. Fernando jure en espagnol, et hésite à affronter seul ses ennemis. Mais avec l'aide d'une prêtresse de la Santería, d'un Portoricain cinglé et d'un tueur à gages russe, là oui, il est prêt à déchaîner l'enfer !



Avis :

Fascinée dès la couverture et la quatrième de couverture, j'ai appréhendé ce roman comme un roman noir bien déjanté sur les cartels mexicains.

En fait, nous suivons Fernando, un immigré clandestin qui cumule deux boulots ; vigile de boîte de nuit et dealer tout en bas de l'échelle. Sa deuxième activité va l'amener à risquer sa vie quand il va être kidnappé et qu'il va regarder un de ses collègues être décapité sous ses yeux.

Dès lors, Fernando prend peur et se réfugie encore plus dans la religion et son apprentissage mystique auprès de la prêtresse de la Santeria, qu'il considère comme une mère d'adoption. Coincé dans une patrie qui n'est pas la sienne, il ne peut retourner d'où il vient car il a dû s'exiler.

Il ne lui reste plus qu'à prier sa Santa Muerte pour qu'elle le protège des gens qui lui veulent du mal et se jeter dans la gueule du loup avec des tueurs cinglés pour s'en sortir...

Santa Muerte est un roman noir violent, déjanté et saupoudré d'humour noir. L'auteur, culturiste de profession, écrit ici son premier roman noir et c'est son premier roman traduit en France.
Avec des thèmes forts comme la foi, l'amitié, la solidarité, l'exil, l'immigration et la violence des gangs, Gabino Iglesias nous livre un roman noir atypique, qui nous fait ressentir de l'empathie pour son antihéros, Fernando, et nous fait faire connaissance avec une galerie de personnages bien trempés.

Le roman est court, moins de 200 pages, mais intense avec des scènes de violence inouïes et des tueurs qui ne reculent devant aucune atrocité.

Un soupçon de fantastique plane au-dessus du roman, à moins que ce soit l'addiction de Fernando pour l’oxycodone qui fasse cet effet là, puisqu'on vit le récit par son point de vue.

Une découverte de plume originale avec un récit addictif qui plonge le lecteur dans une aventure, pied au plancher.

Je remercie Sonatine pour sa confiance et cette découverte d'auteur.

SANTA MUERTE
de Gabino Iglesias
Sorti le 20 février 2020
chez Sonatine
192 pages
20€
4/5


samedi 29 juin 2019

CARI MORA 
de Thomas Harris









Résumé :

Des lingots d’or sommeillent depuis des années sous l’ancienne villa de Pablo Escobar à Miami Beach. Gangs et malfrats se battent pour mettre la main dessus.

Aujourd’hui, c’est au tour du maléfique Hans-Peter Schneider de tenter sa chance. Mais c’était sans prévoir la présence de la sublime Cari Mora, qui veille sur les lieux. En matière de violence et d’armes à feu, personne n’a rien à lui apprendre.

Entre désirs et instinct de survie, avidité et obsessions macabres, le mal se faufile à chaque page.

 
 
Avis :

CHRONIQUE D'UNE DÉCEPTION...

On a tous en tête la tétralogie sur Hannibal Lecter, le personnage phare de Thomas Harris, que ce soit dans ses aventures littéraires, cinématographiques ou télévisuelles.

Dans un tout autre registre, l'auteur nous revient avec une histoire de casse ultime dans l'ancienne villa de Pablo Escobar avec la mafia latino se disputant avec gangs, police et au milieu de tout ça, l'énigmatique Cari Mora.

Un personnage de femme forte, qui a un passé où la violence a révélé tous ses secrets et qui baigne dans une ambiance où la misère et le système D frisent l'illégalité.

Sur le papier, le nouveau roman de Thomas Harris me faisait très envie, notamment avec ce personnage de Cari Mora, très prometteur. Tous les ingrédients étaient là pour avoir un pur thriller d'action et au final, j'ai eu l'impression de lire une ébauche de roman, avec une intrigue floue et qui a du mal à décoller.

Une déception, je disais, car le personnage de Cari Mora aurait pu facilement devenir une figure féminine emblématique du thriller d'action avec sa ténacité et ses multiples capacités issues de son passé, mais non, l'auteur les survole à peine, reléguant même ce personnage principal à une place secondaire, voire de figurant par moment.
 
Tout n'est pas négatif non plus car il y a de belles scènes d'action avec de jolis moments bien sanglants mais souvent sans rapport avec l'héroïne.

Triste constat d'avoir attendu si longtemps ce roman qui sera très vite oublié. La plume est toujours là, les idées aussi mais la connexion ne s'est pas faite entre les deux...

Je remercie les éditions Calmann-Lévy pour leur confiance.


CARI MORA
de Thomas Harris
Sorti le 22 mai 2019
chez Calmann-Lévy
Collection : Suspense Crime
300 pages
2/5


mercredi 31 octobre 2018

LE LOUP D'HIROSHIMA 
de Yuko Yuzuki








Résumé :

Juin 1988. Préfecture d'Hiroshima.
Le commandant Ôgami a la réputation d'être l'un des meilleurs enquêteurs du Japon. Mais selon la rumeur, il serait trop proche des yakuzas. Sa hiérarchie le trouve ingérable, pourtant elle ne peut se passer de lui. Surtout au moment où une nouvelle guerre des gangs menace, après la disparition du comptable d'une officine de prêt dirigée par la pègre.
Sur la côte nord de la Mer intérieure, l'été est un étouffoir et la tension monte vite entre bandits d'honneur et truands vicieux. C'est dans ce contexte périlleux que le jeune lieutenant Hioka est propulsé adjoint du commandant.
Il découvre rapidement que l'image de loup solitaire d'Ôgami est justifiée. Ses méthodes sont très personnelles voire brutales et il ne lâche jamais sa proie. Le commandant va d'emblée créer une relation de maître à disciple avec sa nouvelle recrue et l'entraîner dans une course contre la montre. Mais n'est-il pas déjà trop tard ?
Hioka, candide au pays des coups tordus et témoin de tous les instants, n'aura d'autre choix que de s'engager dans un rude voyage initiatique dont personne ne sortira indemne.



Avis :

Une innovation avec cette lecture pour moi, puisque c'était mon premier polar japonais. J'avais l'habitude de voir des films, marqués par une noirceur qu'on ne trouve pas ailleurs, et l'envie m'a titillée de lire un roman pour voir l'univers littéraire d'un polar :)

Le loup d'Hiroshima reprend le schéma assez classique du policier aguerri et taciturne qui prend sous son aile une nouvelle recrue.
L'originalité vient des rapports qu'entretient le commandant avec les Yakuzas, qui amène le lecteur et le jeune lieutenant à se poser des questions sur l'intégrité d'Ôgami.

J'ai beaucoup aimé les personnages, que ce soit du côté des policiers que celui des yakuzas, avec leurs forces et leurs faiblesses ainsi que leur code de l'honneur.
L'intrigue nous plonge dans le milieu de la guerre des gangs que se livrent les yakuzas, leurs règles et leurs méthodes. Parallèlement, on suit les moyens dont dispose la police japonaise pour contrer la criminalité.

Par les yeux du novice Hioka, nous découvrons les us et coutumes du Japon et la complexité des personnages où la corruption n'est pas toujours là où on s'attend à la voir...

Le bémol à ce roman pour moi fut le rythme, peu d'action, on est beaucoup dans la narration et dans la description. Beaucoup de suggestions là où être dans le moment de l'action aurait été préférable pour moi.

Cependant, Le loup d'Hiroshima est un très bon polar noir avec du suspense et une ambiance oppressante et fut une belle découverte pour moi :)
Une adaptation cinématographique est sortie cette année au Japon.

LE LOUP D'HIROSHIMA
de Yuko Yuzuki
Sorti le 21 juin 2018
chez Atelier Akatombo
320 pages

mardi 16 octobre 2018

PIRANHAS 
de Roberto Saviano








Résumé :

Naples, quartier de Forcella. Nicolas Fiorillo vient de donner une leçon à un jeune homme qui a osé liker des photos de sa copine sur les réseaux sociaux. Pour humilier son ennemi, Nicolas n'est pas venu seul, il s'est entouré de sa bande, sa paranza : ils ont entre dix et dix-huit ans, ils se déplacent à scooter, ils sont armés et fascinés par la criminalité et la violence. Leurs modèles sont les super-héros et les parrains de la camorra. Leurs valeurs, l'argent et le pouvoir. Ils ne craignent ni la prison ni la mort, mais une vie ordinaire comme celle de leurs parents. Justes et injustes, bons et mauvais, peu importe. La seule distinction qui vaille est celle qui différencie les forts et les faibles. Pas question de se tromper de côté : il faut fréquenter les bons endroits, se lancer dans le trafic de drogue, occuper les places laissées vacantes par les anciens mafieux et conquérir la ville, quel qu'en soit le prix à payer.




Avis :

Gallimard a sorti ce roman en littérature blanche dans sa collection du monde entier. Pourtant, la couleur de ce roman est noire indéniablement...

Roberto Saviano, dix ans après avoir dénoncé sur la mafia dans Gomorra, revient avec une sorte de suite romancée. De son titre original, La parenza del bambini (la parenza est aussi bien un bateau de pêche qu'un groupe de personnes formant une famille loyale), le roman sort en France sous le titre Piranhas, ces petits poissons voraces attaquant en groupe.

Malgré son quotidien chamboulé depuis la sortie de Gomorra et d'Extra Pure (le romancier est menacé de mort et vit sous protection depuis et ne se déplace pas sans garde du corps), Roberto Saviano nous livre, certes, une fiction, mais basée sur des faits réels : les bandes d'enfants formant des gangs, avides de pouvoir et de reconnaissance.

En effet, dans Piranhas, nous suivons le périple de Nicolas et de sa parenza, formée d'enfants de dix à seize ans, qui profite que les anciens soient en prison pour prendre le contrôle du marché et former leur propre mafia.
Un récit terrifiant... Voir ses enfants, à peine sorti de l'enfance, se prendre pour des adultes criminels, étant sans pitié, même entre eux.
Des enfants qui veulent tout immédiatement, sans attendre, sans vision réelle de l'avenir car ils savent tous qu'ils peuvent mourir d'un jour à l'autre et le plus terrifiant est qu'ils n'ont pas peur de mourir... Ils vivent intensément chaque moment comme si c'était le dernier, s'impliquant dans des délits de plus en plus dangereux, peu importe le prix à payer tant que le délit rémunère...

Un récit glaçant et bouleversant qui ne nous épargne rien... Les premières pages sont à la limite du voyeurisme mais avec la globalité du roman, on se dit que ce n'était que le début d'une morbide escalade...

Les gangs d'enfants se généralisent malheureusement, même s'ils ne sont pas aussi organisés que dans ce roman, les faits divers regorgent de violences commises par des jeunes de plus en plus précoces.

Un roman qui fait peur et qui nous informe à la fois. On peut crier au voyeurisme, je n'y ai vu, personnellement, que fiction et information.

Une lecture dure et marquante, une belle incursion de Roberto Saviano dans la fiction, certes pas parfaite, mais instructive.

Je le conseille à un public averti ;)

 « -Pour devenir un enfant j'ai mis dix ans. Pour te mettre une balle dans la tronche je mettrai pas plus d'une seconde. »

PIRANHAS
de Roberto Saviano
Sorti le 04 octobre 2018
chez Gallimard
Collection : Du Monde Entier
368 pages